Oui, un auto-entrepreneur cotise pour sa retraite : une part des cotisations prélevées sur son chiffre d'affaires finance sa retraite de base et sa retraite complémentaire. En 2026, un trimestre est validé dès que le revenu cotisé atteint 1 803 € (150 fois le SMIC horaire), soit un chiffre d'affaires d'environ 2 700 € en BNC, 3 600 € en prestations BIC et 6 200 € en vente. Quatre trimestres par an au maximum, et aucun trimestre si vous déclarez 0 €.

Comment un auto-entrepreneur valide ses trimestres de retraite

En micro-entreprise, vous ne choisissez pas le montant de vos cotisations retraite. Elles sont incluses dans le taux global appliqué à votre chiffre d'affaires : 12,3 % en vente, 21,2 % en prestations de services BIC, 25,6 % en activité libérale non réglementée et 23,2 % pour les professions réglementées affiliées à la Cipav. Une fraction de ce taux alimente la retraite de base, une autre la retraite complémentaire.

Le nombre de trimestres validés dépend ensuite du revenu cotisé, c'est-à-dire de votre chiffre d'affaires après abattement forfaitaire (71 % en vente, 50 % en prestations BIC, 34 % en BNC). La règle est la même que pour un salarié : un trimestre par tranche de 150 fois le SMIC horaire au 1er janvier, soit 1 803 € en 2026 selon la circulaire Cnav 2025-33. Quatre trimestres exigent donc 7 212 € de revenu cotisé.

Traduit en chiffre d'affaires, cela donne les ordres de grandeur suivants pour 2026. Les montants des activités Cipav sont ceux publiés par service-public.fr ; ceux des autres activités sont une estimation obtenue en divisant 1 803 € par la part de revenu retenue, à quelques dizaines d'euros près.

Activité1 trimestre2 trimestres3 trimestres4 trimestres
Vente de marchandises (BIC)≈ 6 200 €≈ 12 400 €≈ 18 700 €≈ 24 900 €
Prestations de services (BIC)≈ 3 600 €≈ 7 200 €≈ 10 800 €≈ 14 400 €
Activité libérale non réglementée (BNC)≈ 2 700 €≈ 5 500 €≈ 8 200 €≈ 10 900 €
Profession libérale Cipav2 792 €5 584 €8 376 €11 168 €

Le rythme n'a pas d'importance : 11 000 € encaissés en un seul mois valident autant de trimestres que 11 000 € étalés sur l'année. Ce qui compte est le total déclaré à l'URSSAF au titre de l'année civile. D'où l'importance de déclarer chaque euro encaissé, même les petites factures, et de ne jamais sauter une déclaration de chiffre d'affaires.

Retraite de base et retraite complémentaire : deux calculs différents

Votre future pension se compose de deux étages.

La retraite de base est gérée par l'Assurance retraite (Carsat) pour les artisans, commerçants et professions libérales non réglementées, et par la Cipav pour les professions réglementées. Elle se calcule ainsi : revenu annuel moyen des 25 meilleures années × taux (50 % à taux plein) × nombre de trimestres validés / nombre de trimestres requis (172 pour les générations nées à partir de 1965). Si vous partez avant d'avoir tous vos trimestres, une décote s'applique, sauf à attendre 67 ans, âge du taux plein automatique.

La retraite complémentaire fonctionne par points. Chaque année, vos cotisations complémentaires achètent des points ; à la retraite, le nombre de points est multiplié par la valeur du point. Pour les artisans, commerçants et libéraux non réglementés, la retraite complémentaire des indépendants (RCI) valorise le point à 21,726 € en 2026. À la Cipav, un point s'acquiert pour 47,40 € cotisés et vaut 2,89 €. Les chiffres sont détaillés sur la fiche officielle du régime de retraite du micro-entrepreneur.

Point essentiel : le revenu pris en compte n'est pas votre chiffre d'affaires mais votre revenu après abattement. Un consultant BNC qui encaisse 40 000 € est considéré comme ayant gagné 26 400 €. C'est ce montant qui entre dans la moyenne des 25 meilleures années.

La hausse des taux BNC en 2026 : ce qu'elle finance

Les micro-entrepreneurs en activité libérale non réglementée ont vu leur taux de cotisations augmenter par paliers : 21,1 % jusqu'en juin 2024, 23,1 % au second semestre 2024, 24,6 % en 2025 et 25,6 % depuis le 1er janvier 2026. Cette hausse n'est pas une taxe de plus : elle correspond à l'intégration d'une véritable cotisation de retraite complémentaire, dont ces activités étaient jusque-là quasiment dépourvues. L'URSSAF l'explique dans son actualité sur l'évolution des taux.

Concrètement, pour 30 000 € de chiffre d'affaires, un libéral BNC paie 7 680 € de cotisations en 2026 contre 6 330 € en 2023. En contrepartie, il acquiert chaque année des points de retraite complémentaire RCI qui s'ajouteront à sa pension de base. Avant 2024, ces mêmes auto-entrepreneurs ne constituaient presque aucune complémentaire et découvraient une pension très faible à 64 ans. Pour mesurer l'effet sur votre trésorerie, utilisez le simulateur de cotisations auto-entrepreneur : il applique les taux 2026 par activité.

Exemple chiffré : la retraite d'une graphiste micro-entrepreneure

Prenons Camille, graphiste freelance en BNC, qui encaisse 36 000 € de chiffre d'affaires par an.

Si Camille n'avait encaissé que 8 000 € une année (congé parental, baisse d'activité), elle n'aurait validé que 2 trimestres cette année-là. Chaque trimestre manquant repousse la date du taux plein ou réduit la pension par la décote. C'est l'intérêt de surveiller le seuil des 10 900 € de CA en BNC quand une année s'annonce creuse : quelques factures de plus en décembre peuvent valoir un trimestre.

Cumul emploi-retraite et activité salariée en parallèle

Vous pouvez être auto-entrepreneur tout en étant retraité. Si vous avez liquidé toutes vos pensions à taux plein (cumul intégral), vous cumulez librement pension et revenus de micro-entreprise. Depuis la réforme de 2023, les cotisations versées dans ce cadre créent de nouveaux droits, dans la limite d'une seconde pension plafonnée à environ 2 300 € par an. Si vous n'êtes pas au taux plein (cumul plafonné), le total pension + revenu d'activité est limité et vos nouvelles cotisations ne génèrent aucun droit. Les règles sont sur service-public.fr.

Autre cas fréquent : salarié et micro-entrepreneur en même temps. Les trimestres ne s'additionnent pas au-delà de 4 par an. Si votre emploi salarié vous en donne déjà 4, votre activité indépendante n'en ajoute pas, mais elle augmente votre revenu annuel moyen et vos points de complémentaire. Votre pension finale sera donc plus élevée.

Vérifier son relevé de carrière sur info-retraite.fr

Ne découvrez pas vos trimestres au moment du départ. Créez votre compte sur info-retraite.fr (via FranceConnect) et consultez votre relevé de carrière tous régimes. Vous y voyez, année par année, les trimestres validés, les revenus retenus et les points de complémentaire. Les années en micro-entreprise apparaissent sous le régime « Sécurité sociale des indépendants » ou « Cipav ».

Si une année manque ou affiche moins de trimestres que prévu, c'est souvent parce qu'une déclaration URSSAF n'a pas été transmise ou que le chiffre d'affaires a été déclaré dans la mauvaise catégorie. Conservez vos attestations de chiffre d'affaires (téléchargeables sur autoentrepreneur.urssaf.fr) et demandez une rectification par la messagerie de votre caisse. À partir de 45 ans, vous avez droit à un entretien information retraite gratuit avec un conseiller.

Optimiser sa retraite : PER, rachat de trimestres, prévoyance

La retraite obligatoire d'un micro-entrepreneur reste modeste, car elle est calculée sur un revenu après abattement. Plusieurs leviers permettent de la compléter :

Enfin, surveillez votre plafond de chiffre d'affaires : si votre activité dépasse durablement 83 600 € en services, le passage au régime réel vous permettra de cotiser sur un revenu réel, souvent plus favorable pour la retraite que l'abattement forfaitaire.

FAQ

Un auto-entrepreneur qui déclare 0 € valide-t-il des trimestres ?

Non. Sans chiffre d'affaires, aucune cotisation retraite n'est prélevée et aucun trimestre n'est validé pour l'année. Il n'existe pas de cotisation minimale en micro-entreprise.

Quel chiffre d'affaires pour valider 4 trimestres en 2026 ?

Environ 10 900 € en activité libérale BNC, 14 400 € en prestations de services BIC, 24 900 € en vente de marchandises et 11 168 € pour une profession libérale affiliée à la Cipav.

L'ACRE réduit-elle mes droits à la retraite ?

Non. Avec l'ACRE, vos cotisations sont réduites mais vos trimestres et vos points sont calculés comme si vous aviez cotisé au taux plein, à partir de votre chiffre d'affaires déclaré.

À quel âge un auto-entrepreneur peut-il partir à la retraite ?

Aux mêmes conditions que les salariés : 64 ans pour les personnes nées à partir de 1968, avec 172 trimestres pour le taux plein, ou 67 ans pour un taux plein automatique.

Puis-je rester auto-entrepreneur après ma retraite ?

Oui. En cumul intégral (toutes pensions liquidées à taux plein), vous cumulez librement pension et revenus, et vos nouvelles cotisations créent même des droits supplémentaires limités.